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Retour sur La Présidentielle du numérique

Publié le March 13, 2017

Jeudi 9 mars, à la Maison de la Mutualité, le numérique a été placé au cœur du débat présidentiel à l’occasion de La Présidentielle du Numérique, événement porté le collectif France numérique 2017. Cette manifestation a réuni équipe de campagne, experts, industriels et start-up autour de plusieurs tables rondes pour échanger sur trois thématiques : la souveraineté numérique, l’exception culturelle française face au numérique et la disruption de l’emploi par le numérique. Le collectif, qui regroupe les principales associations représentatives de l’écosystème numérique (Cap Digital, FEVAD, France Digitale, Renaissance Numérique, SNJV, Syntec Numérique, Systematic et TECH IN France), a pour ambition d’interpeller les candidats à l’élection présidentielle sur les enjeux économiques et sociaux soulevés par le numérique.

Après une allocution introductive de Bertrand Diard, Président de TECH IN France, et Camille Vaziaga, Déléguée générale de Renaissance Numérique, au nom du collectif France Numérique 2017, la matinée de débats s’est ouverte sur la question de la souveraineté numérique, autour de Vincent Sabot, VP Channel Europe, Sigfox ; Marc Mossé, directeur Europe des affaires gouvernementales, Microsoft ; Loïc Rivière, délégué général, TECH IN France ; Corinne Erhel, équipe de campagne d’ Emmanuel Macron ; Eric Pilat, équipe de campagne de François Fillon et Corinne Bouchoux, équipe de campagne de Benoît Hamon.

Economie de la donnée, circulation et stockage des données des citoyens et des entreprises, cyberdéfense et cyber-sécurité, mais aussi et plus largement inclusion par le numérique et financement de l’innovation, ont été au cœur des débats de cette première conférence. Sur la souveraineté, l’équipe d’Emmanuel Macron estime qu’elle doit se réfléchir à l’échelle de l’Union européenne plutôt qu’à l’échelle nationale. Pour l’équipe de François Fillon, la souveraineté passe d’abord par la maîtrise des infrastructures, qui, elle aussi doit s’effectuer à l’échelle européenne. Pour l’équipe de Benoît Hamon, la question de la souveraineté est presque républicaine. Du point de vue des industriels, notamment Microsoft, la confiance associée à la responsabilité des acteurs du numérique est au cœur de la question de la souveraineté. Le représentant de Sigfox quant à lui estime qu’une réglementation trop importante nuirait in fine à la dynamique d’innovation des entreprises. 

La seconde table ronde, consacrée aux risques et aux opportunités que présente le numérique pour la Culture, réunissait Jean-Marc Denoual, co-fondateur, Molotov TV ; Marc Valentin, président, Wizdeo ; Sébastien Perron, ‎directeur des partenariats, YouTube ; Christophe Tardieu, directeur général délégué, CNC ; Frédérique Dumas, équipe de campagne d’Emmanuel Macron et Frédéric Hocquard, équipe de campagne de Benoît Hamon

De nombreuses questions ont été soulevées par les intervenants : le numérique est-il la source d’un accès plus démocratique à la culture ? Comment rémunérer les différents maillons de la chaîne de valeur, encourager la création, la diversité à l’heure de la transformation numérique ? Faut-il questionner le concept d’exception culturelle ?  Pour l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron la diversité est avant tout la liberté de pouvoir choisir, liberté qui doit être offerte au consommateur. Côté Benoît Hamon, M. Frédéric Hocquart soulignait l’importance du principe d’exception culturelle seule à même de protéger la diversité des contenus. Pour le co-fondateur de Molotov TV, le respect des écosystèmes et réglementations existants – tel que le mécanisme d’exception pour copie privée sur lequel s’appuie le modèle économique de son entreprise - est essentiel afin d’être innovant, point de vue partagé par Mme Frédérique Dumas de l’équipe d’Emmanuel Macron. Youtube a par ailleurs mis en avant les initiatives prises par l’entreprise pour respecter une juste répartition de la valeur, en reversant une grande partie des bénéfices de la société directement aux créateurs et par la mise en place d’accords avec les sociétés de gestion collective. La Taxe Youtube, voté par le Parlement puis censurée, a été au cœur des débats de cette table ronde. Christophe Tardieu a précisé que le CNC dont le rôle est de soutenir la création sous toutes ses formes, réfléchissait à des  mécanismes de soutien aux youtubeurs.

Enfin, la dernière table ronde s’est intéressée aux conséquences du numérique sur l’emploi, qui ont été discutées en présence de Bruno Haziza, président, SOS Jober ; Valérie Ferret, Director Public Affairs & Sustainability, Dassault Systèmes ; David Menascé, co-fondateur Azao & auteur du rapport “La France du Bon Coin” ; Mounir Mahjoubi, équipe de campagne d’Emmanuel Macron ; Lionel Tardy, équipe de campagne de François Fillon et Denys Robiliard, équipe de campagne de Benoît Hamon.

De nombreux enjeux ont été évoqués concernant la disruption du marché de l’emploi, la nouvelle organisation du travail mais aussi la transformation de l’industrie par le numérique. Pour l’équipe de François Fillon, il est essentiel de libérer le travail et l’économie en mettant en place une politique transversale dans le numérique alors que l’équipe de Benoît Hamon estime que le marché de l’emploi ne vit pas une disruption et que le CDI reste la forme de contrat principale. Pourtant, le président de SOSJober souligne que la pratique sociale a beaucoup évolué avec 20% de français qui disposent d’un autre type de contrat que le CDI, et que le numérique permettra de libérer la crise de l’emploi grâce à la montée en puissance des auto-entrepreneurs.  Pour l’équipe d’Emmanuel Macron, il faut dépasser la notion de statut et fluidifier les parcours en prenant comme marqueur principal la compétence. Dassault systèmes a pour sa part souligné la nécessité d’accompagner le transfert de valeur et de compétence qui s’opère grâce au numérique.

Prochaine étape pour le collectif France Numérique 2017 : recueillir les réponses au questionnaire envoyée aux équipes de campagne en janvier dernier, afin que les candidats se positionnent clairement sur leurs ambitions pour le numérique en France. A ce stade, les équipes de campagne tardent toujours à montrer leur intérêt pour ce sujet.